Combe Rouge (Ghjarghje Rosse) et Ravin de la Solitude

En allant rejoindre le bas de Ghjarghje Rosse depuis la grotte-bergerie de la Cavichja Beaucoup de mal à me réveiller ce matin... comme d'habitude ! En contrepartie, Olivier se réveille tôt pour deux puisqu'il est debout alors qu'il fait encore quasiment nuit ! Cela nous permet de quitter la grotte-bergerie de la Cavichja vers 7 heures du matin pour entamer l'ascension de cette Combe Rouge. Je l'avais déjà partiellement réalisée en août 2004 en dépassant la fourche des deux couloirs possibles pour emprunter celui de droite qui est sans doute la moins commode. Parti tardivement et fatigué de la bergerie de Saltare (09h00 !), je m'étais retrouvé à 14h vers 1600m d'altitude, complètement cramé, et avais décidé de rebrousser chemin pour redescendre à Barghjana atteint vers 19h30, après deux parcours de la Cavichja (soit au mieux 4h30 aller-retour avec sac léger) dans le lit du ruisseau... C'est là que j'ai compris qu'il allait falloir abandonner les parcours aussi ambitieux en aller-retour dans la journée : avec l'âge, on se range au raid de plusieurs jours et aux bivouacs pour de tels itinéraires, ... et on cherche les sentiers plutôt que les blocs dans le torrent.
Gagner le bas de Ghjarghje Rosse demande tout d'abord une traversée de 300m, parallèle au ruisseau, en contournant les ressauts rocheux au-dessous desquels la bergerie est située, avant de commencer à pouvoir remonter vers le Nord dans la forêt puis découvrir les célèbres éboulis rouges. Je suis tout surpris de ne pas voir la cascade de Piscia Vitalba et il me faut pas mal de temps avant de comprendre que nous sommes déjà plus haut et que ce que je prenais pour la rive gauche de Ghjarghje Rosse est en fait la rive gauche de l'entrée du ravin de la Solitude (?). Pourtant, cette confluence ne me paraissait pas bien compliquée, mais l'absence de visibilité fermée par les arbres est assez trompeuse...

La forêt en RD en bas de la Combe Rouge L'entrée du ravin de la Solitude en RG de la Combe Rouge Les premiers éboulis de la Combe Rouge

Nous entamons la remontée de la combe en allant chercher sa rive gauche en oblique, le long de la crête surplombant le ravin de la Solitude, puis en revenant sur la gauche à l'approche des premiers ressauts rocheux de cette crête pour rejoindre la ligne centrale.

Arrivée dans la partie centrale de Ghjarghje Rosse

Maintenant, la progression devient plus difficile dans cette pente raide avec des éboulis de tailles irrégulières qui, parfois, opposent des obstacles exaspérants : c'est toujours énervant de monter 2/3m avant d'en reperdre un aussitôt ! ...la montée où j'ai pris du retard sur Olivier qui monte une cinquantaine de mètres au-dessus de moi Les arbres deviennent plus espacés avec des pins de plus en plus rares ou parfois regroupés en petits bosquets au fur et à mesure de la montée où j'ai pris du retard sur Olivier qui monte une cinquantaine de mètres au-dessus de moi. Derrière nous, quand nous nous retournons, nous avons vue sur la raide partie déjà gravie du couloir et les sommets de Paglia Orba et Capu Tafunatu surplombant Capu Rossu et le versant de Scaffone que nous connaissons bien. Malgré la pente qui doit faire 30/35° d'inclinaison, nous montons à relativement bonne allure bien que, contrairement à mon habitude, je sois obligé de m'arrêter régulièrement pour reprendre mon souffle. Mauvaise condition physique ? Contraintes de la combe qui combine forte déclivité et gros éboulis ? Difficile à dire, mais Olivier me dit ensuite qu'il monte habituellement de cette manière sans en être particulièrement gêné.
Vers 1500m, la pente devient subitement moins inclinée et nous approchons de l'embranchement où la combe se divise en deux couloirs...

Ambiance de Ghjarghje Rosse

Ambiance de Ghjarghje Rosse avec moins d'arbres

...la raide partie déjà gravie du couloir et les sommets de Paglia Orba et Capu Tafunatu surplombant Capu Rossu et le versant de Scaffone Le couloir change de pente vers 1500m

...et nous approchons de l'embranchement où la combe se divise en deux couloirs...

Dans le couloir de Bocca a u Purtellu après la sortie des éboulis Nous empruntons la branche gauche de l'embranchement, laissant le couloir principal à droite avec la suite des éboulis. L'un des avantages de cet itinéraire est qu'il permet de quitter la pente d'éboulis en montant dans une pente plus traditionnelle, rochers et buissons mélangés, et de moindre difficulté. J'avoue ne plus me souvenir des détails des paysages de cette montée tant le couloir est fermé sur lui-même au départ puis dans une partie forestière assez dense plus haut en altitude : le seul paysage ouvert est dans notre dos avec la Grande Barrière et le couple Paglia Orba/Tafunatu. Nous grimpons en rive gauche d'un ruisseau bien marqué dans le centre du couloir le long d'une dorsale rocheuse bien marquée à notre droite qui nous oblige parfois à rejoindre le ruisseau.

Juste après la bifurcation à gauche vers le couloir de Bocca a u Purtellu à la sortie du couloir d'éboulis Un coup d'oeil sur le versant en face à ce que l'on pense être Manghja e Beie (la vire vers le haut)

La crête rocheuse en RG du couloir de Bocca a u Purtellu

Même si la montée reste bien raide et exténuante, nous progressons tout de même suffisamment vite pour sortir de la forêt et arriver en vue d'une crête où nous rejoignons un col, inattendu de ma part faute d'avoir bien examiné la carte, vers 1850m. Ce col n'est pas Bocca a u Purtellu, ni ne se situe sur la crête au-dessus d'Ascu, mais est un replat de l'arête W qui descend de cette crête Ascu-Filosorma pour rejoindre Punta di a Scaffa. Difficile de le détecter sur la carte IGN ! Le couloir, sur l'autre versant duquel il donne, rejoint en fait le ravin de la Taïta et je l'avais entr'aperçu quand j'avais remonté partiellement ce ravin en août 2002 ! La suite du parcours vers Bocca a u Purtellu oblige à obliquer franchement à droite le long de la crête pré-citée et à remonter un couloir d'aulnes en bordure de cette crête. Il est 09h30 et nous gagnons une plate-forme un peu plus haut vers 1880m d'altitude où nous nous arrêtons pour une pause bien méritée.
700m de dénivelé avalé en un peu plus de deux heures (en déduisant la traversée initiale depuis la bergerie) ne semble pas un horaire extraordinaire, mais nous en sommes quand même bien contents compte tenu de la nature du terrain et du parcours...

La sortie de la forêt et l'arrivée en vue du col 1850m

Le couloir vers la Taïta de l'autre côté du col 1850m Le col 1850m depuis la plate-forme de notre demi-tour

La fin de la montée au col 1850m depuis la Combe Rouge La suite du parcours avec les aulnes vers Bocca a u Purtellu

La crête vers Ascu avec Punta Missoghju

Nous ne voyons pas trop la nécessité de monter jusqu'à Bocca a u Purtellu,120m plus haut en altitude : la visite du ravin de la Solitude que nous devons faire dans la foulée et l'inconvénient du franchissement des aulnes au-dessus nous font renoncer à cette idée. Dans la descente du couloir de Bocca a u Purtellu, visite du ruisseau Demi-tour donc et redescente du couloir puis des éboulis de Ghjarghje Rosse, toujours aussi peu aisés à négocier (nous verrons pourtant bien pire en haut du couloir de Serra Pianella)... Vers la fin de la combe, nous partons en oblique vers la gauche pour nous approcher au plus tôt du ravin et y accéder au-dessus de la cascade de Piscia Vitalba.

Retour à la Combe Rouge à la confluence des deux couloirs : le couloir de droite

La belle pente d'éboulis de Ghjarghje Rosse (visuellement !) La descente du couloir d'éboulis de Ghjarghje Rosse

Le bas de Ghjarghje Rosse en rive gauche Nous nous retrouvons ainsi à descendre sur l'arête qui sépare les deux ravins, entourés par la forêt qui marque le bas de Ghjarghje Rosse. Dès que nous le pouvons, nous descendons sur la gauche pour essayer d'atteindre le lit du torrent. La fin de la descente n'offre comme difficultés que celles d'éviter les ronces qui bordent le ravin...
Nous sommes au niveau de l'eau dans le ravin vers 11h au bout d'un peu moins d'1h30 de descente !

Descente sur la crête entre ravin de la Solitude et Combe Rouge

Descente vers le ravin de la Solitude

Le bas de Ghjarghje Rosse en rive gauche Pendant une vingtaine de minutes, la remontée du ravin ne nous oppose pas beaucoup de résistance et les obstacles sont assez facilement escaladés ou contournés. Seule une dalle inclinée, striée de sortes de marches inversées en forme d'orgues (rhyolithiques ?), nous oblige à un pas d'escalade en adhérence un peu délicat : nous trouverons une voie plus facile à la descente en passant sous une arche aménagée sous les blocs que nous avions voulu éviter à la montée.
Comme d'habitude, à vingt ans d'intervalle, impossible de me souvenir de ces passages que j'avais déjà remontés en août 1996 avec mon fils...

Remontée du ravin de la Solitude avant le premier ressaut Remontée du ravin de la Solitude avant le premier ressaut

Remontée du ravin de la Solitude avant le premier ressaut Remontée du ravin de la Solitude avant le premier ressaut

Arrivée au 'premier ressaut' du ravin de la Solitude Après la dalle en orgues, nous tombons sur ce qui semble être un vaste enchevêtrement de blocs obstruant tout le ravin sur une dizaine de mètres de haut. En fait, il y a deux niveaux d'obstacles avec au premier rang deux blocs accolés de 5m de haut, séparés par une cheminée-cascade d'1m de large, puis, au second rang, un ressaut beaucoup plus imposant avec à gauche un large mur surplombant de 8/10m de haut et à droite un ressaut vertical de moindre hauteur.
Eurêka ! Je reconnais assez vite l'obstacle du second rang que j'ai appelé le "premier ressaut" lors de notre parcours de 1996. Impossible de me rappeler la cheminée-cascade du premier rang... Je comprends très vite pourquoi : le 9 août 1996, il n'y avait quasiment pas d'eau dans le ravin et nous avions franchi la cheminée sans cascade suffisamment facilement pour que je ne m'en souvienne plus. Derrière, nous avions franchi le ressaut par une escalade en oblique de gauche à droite via une vire passant derrière un petit arbre sous le surplomb du mur de gauche. Au bout de la vire, j'avais contourné difficilement une arête verticale puis escaladé une cheminée menant en haut du ressaut. Mon fils avait trouvé beaucoup plus simple à gauche de cette arête en remarquant que la vire donnait dans une sorte de cheminée spéléo traversant le surplomb et menant aisément au sommet. Bien plus facile, surtout à la descente...
Aujourd'hui, la cascade empêche le franchissement de la cheminée entre les deux blocs du premier rang et, derrière, la cheminée spéléo et la vire oblique sont parcourues par le ruisseau et sont trempées tandis que le ressaut vertical de droite est sautée par une belle cascade qui n'existait pas en 1996. Il nous semble donc impossible de franchir cet obstacle dans les conditions actuelles aquatiques et nous ne voyons pas d'autre solution que de retourner sur nos pas ! Seule voie possible, un vague rebord rocheux très raide dans le mur de la rive droite comportant une possibilité d'escalade demandant un équipement (et des compétences) que nous n'avons pas...

Le double obstacle du premier ressaut de la Solitude Le double obstacle du premier ressaut de la Solitude

Le premier ressaut du ravin de la Solitude

Entamée vers 11h20, la retraite stratégique imposée par les conditions du moment se déroule sans anicroche et nous décidons de passer par Piscia Vitalba pour aller visiter cette cascade, invisible depuis Ghjarghje Rosse. Le bas de Ghjarghje Rosse en rive gauche Pour cela, nous descendons beaucoup plus bas dans le ravin que notre zone d'arrivée et amorçons le contournement pile au-dessus de la cascade en faisant au plus court. Nous avons le temps de remarquer dans le ravin de nombreux vestiges perdu par les touristes du GR20 et arrachés par les eaux au Cirque de la Solitude 600m plus haut : restes de tee-shirts, casquettes, chaussures, chaussettes, bouts de sacs, ... Ce ne sont sans doute pas que des restes de l'accident récent, mais une accumulation de ce que les Géhéristes perdent au fur et à mesure des passages et qui est emporté par les crues d'orages ou hivernales. On se rend compte aussi des dégâts de la crue récente en observant la végétation brisée ou couchée sur les rives du ruisseau...
Pas de problème autre que quelques ronces à franchir pour atteindre la plate-forme horizontale qui supporte la grande vasque au pied de la cascade. Cette dernière est de fort débit pour cette période de la saison et nous rappelle que les orages quotidiens sur le massif depuis plus d'un mois ne se sont arrêtés que depuis deux ou trois jours ! Là aussi, arbustes et troncs brisés, végétation couchée de tous les côtés autour de la vasque montrent que les flots ont été particulièrement furieux...

Dans le contournement de Piscia Vitalba au-dessus du ravin de la Solitude

Cascade et vasque de Piscia Vitalba Le pied de la cascade de Piscia Vitalba

Piscia Vitalba au cours des âges :

Piscia Vitalba le 09/08/1996 Piscia Vitalba le 26/08/2004 Piscia Vitalba le 24/06/2015

09/08/1996
26/08/2004
24/06/2015

Arrivée de la nuit au bout de la Cavichja Ensuite retour vers 12h15 à la grotte-bergerie de la Cavichja quittée ce matin. Bizarrement, nous trouvons le moyen de la rater et de devoir revenir en arrière avant de nous retrouver trop bas dans la rivière ! Au passage, nous rencontrons un magnifique casgile, ou ce que l'on pense être un casgile au bord de la rive droite du ruisseau, sous la bergerie...
Déjeuner, rangement des affaires laissées sur place, ré-organisation des sacs et en route pour la descente à 13h...

Casgile (?) sous la grotte-bergerie de la Cavichja Les surplombs rocheux environnant la bergerie de la Cavichja

Pas grand chose à dire sur cette descente du sentier de la Cavichja par rapport à la montée de la veille sauf qu'elle est plus agréable dans ce sens-là avec nos sacs lourds ! Nous retrouvons avec plaisir la vire et l'arche rocheuse qui la précède, les lys orangés de la falaise le long de laquelle s'effectue le parcours, la bergerie... et les ronces et salsepareilles qui entravent le parcours. Là encore, quelques sorties de route inévitables sur cette trace cairnée où il est difficile de ne jamais se tromper...
Arrivée au ruisseau de Saltare à 14h30.

L'arche rocheuse à l'entrée de la vire du sentier de la Cavichja La vire du sentier de la Cavichja

La bergerie de la Cavichja

Reprise des affaires et des sacs laissés en bas du sentier de la bergerie et remontée vers la bergerie de Saltare atteinte à 14h55, heure peu tardive liée à notre escapade plus courte que prévue dans le ravin de la Solitude qui nous fait regretter a posteriori de ne pas avoir pris le temps d'aller jusqu'à Bocca a u Purtellu ! Mais comme, alors que nous avons eu beau temps depuis le début de la matinée, les nuages sont là vers 16h et qu'il est limite de pleuvoir, les regrets sont amoindris...
La toilette à la grande vasque proche de la bergerie, arrosée par une belle cascade et d'une surface importante nous confirme que le débit actuel des ruisseaux de la région est hors normes... surtout quand nous le comparerons avec l'état de la même vasque trois jours plus tard (plus de cascade et vasque réduite à 4m²) !

Arrivée à la bergerie de Saltare

Les environs de la bergerie de Saltare La vasque proche de la bergerie de Saltare

Personne à la bergerie de Saltare comme d'habitude. Personne ? Oui, jusqu'à 18h où nous voyons arriver un autochtone bien avancé en âge et bien chenu, accompagné d'une dame nettement plus jeune que lui. Il fait irruption dans la bergerie sans nous saluer ni se présenter et nous indique seulement succinctement que "nous sommes chez lui, dans sa bergerie, et qu'il va l'occuper" : nous en déduisons que nous devons décamper illico. Bien que parfaitement convaincus qu'il nous raconte des bobards et veut profiter d'une bonne intimité pour la nuit avec sa compagne, comme nous n'avons pas du tout envie de rester là à cotoyer cet individu peu aimable et sans-gêne, nous déménageons sans discuter dans la grotte supérieure, située à 50m de là. Malheureusement, elle est beacucoup moins confortable et nous sommes obligés de démaquiser les environs pour pouvoir avoir place pour dîner et pour le feu...De plus, le plafond est ultra-bas...
Au retour à Barghjana en fin de raid, nous apprendrons au Bar des Amis que l'individu en question, comme prévu, n'est pas propriétaire de la bergerie et nous a raconté des histoires : il a été reconnu comme étant un habitant de Monte Estremu et je le garderai en mémoire pour lui dire ce que je pense de lui la prochaine fois que je le verrai !

Statistiques de la journée : 6.600m en 7h00 pour 1000m de D+ et 1300m de D-. Et oui, on n'avance pas dans ce pays !

Carte de la Cavicchja et du Saltare dans le Filosorma avec le parcours du raid le 24/06/2015 (J2)) Rappel ci-contre à gauche de cette page de la carte de la partie des vallées de la Cavichja et du Saltare avec le tracé des remontées-descentes de la Combe Rouge et du ravin de la Solitude et le parcours du retour à la bergerie de Saltare.

Voir les photos de la deuxième journée de ce raid dans le diaporama-vidéo ci-dessous :

Diaporama "Raid Filosorma - juin 2015 - J2"