Je ne suis pas trop mal placé pour en parler puisque c'est justement en venant de vacances "d'alpinisme" à Chamonix et dans les Pyrénées que j'ai débarqué en Corse avec mes mômes tout petits Emoticones qui nous obligeaient à rechercher des séjours plus tranquilles que 3 semaines sous la tente au camping des Praz ou au refuge de Pombie... Et pourtant, nous avons commencé par quinze ans de camping en Corse pour des raisons financières (un peu !) et pratiques (incapacité à réserver quoi que ce soit à l'avance ! Emoticones ).
En ce qui concerne l'escalade en Corse au début des années 80, le seul topo existant alors était celui de Fabrikant, le célèbre "Guide des montagnes corses" édition 1982, comportant une bonne partie de description de voies d'escalade. Où grimpait-on à l'époque ? A Bavella et... à Bavella ! Je ne me souviens pas d'avoir rencontré des grimpeurs ailleurs (une cordée au Nid d'Aigle) ! C'était l'époque casque obligatoire partout, grosses chaussures souvent encore, tirage et repos sur les clous... avec déjà la recherche de la moindre marche d'approche (facile à Bavella !). Quasiment pas d'ouvertures, seules les voies déjà connues étaient pratiquées et la voie directe Masino à Bavella et du Nid d'Aigle à la Paglia Orba étaient encore le must de la difficulté (c'est quasiment de la randonnée aujourd'hui ! Emoticones ). Il faut dire que la plus grande partie des voies existantes étaient du type aventures, avec peu de pitons, uniquement aux endroits les plus difficiles, des relais souvent à équiper et l'emploi du spit encore quasiment inconnu !
A la même époque, à Cham, on faisait de la montagne avec de grandes voies mixtes (neige/rochers) ou des courses de glace pure, mais quasiment pas de pures voies granitiques que les petits livres verts du Guide Vallot ne mentionnaient jamais. Pour en faire, il fallait justement aller dans les Aiguilles Rouges faire les voies "Ravanel" en rocher ! Une bonne partie du "petit livre rouge", qui servait de topo sur les Aiguilles Rouges, était constituée à partir des voies que Roland Ravanel avaient ouvertes fin des années 60 / début des années 70 et certains débutants en rocher mais "sans guide", comme moi, les essayaient, car elles paraissaient plus abordables que certaines voies mixtes aléatoires du versant Mont Blanc. J'ai donc une bonne expérience des voies "Ravanel", dont beaucoup seraient considérées aujourd'hui comme des "bouses" du fait de la mauvaise qualité du rocher et des dons de "jardinage" que souvent elles demandaient. Je me souviens, en particulier, de cette "Jumelle Sud des Crochues" où nous n'avions pas suffisamment prêté attention aux termes "dièdre herbeux" et "dalles gazonnées" du topo, et où nous avions joyeusement galéré dans quatre longueurs sans intérêt avec un seul piton pour franchir un passage de V sup que j'avais passé sans problème mais m'avait obligé à lancer une corde à la cordée suivante qui n'arrivait pas à le franchir. Heureusement, il y a tout de même un bon nombre de voies Ravanel intéressantes, mais le style particulier de ces voies avait marqué l'époque !

La dernière fois que je suis retourné grimper à Cham, j'ai acheté le dernier topo des Aiguilles Rouges et j'ai pratiqué quelques-unes des nouvells voies du coin : on peut dire que cela a bien changé avec dorénavant des voies choisies pour la qualité du rocher, des spits bien utilisés, en particulier pour les relais, et le contournement systématique des "jardins", "gazons" et "herbes" de ces aiguilles. Des voies comme Crakoukass, Les neiges du Kilimandjaro et même la Frison Roche au Brévent, relookée et sécurisée, sont vraiment agréables à parocurir. Même évolution, sur l'autre versant, avec l'avènement des voies Piola dans tous les secteurs purement rocheux et l'utilisation systématique des spits. Evidemment, plus question de grimper autrement qu'en libre et sans tire-clous !
Pour la Corse, avec peu de décalage finalement, même évolution avec en plus le défrichement des falaises et plus seulement les voies ouvertes dans des sommets insulaires. Les topos ont fleuri depuis la sortie des "100 plus belles" d'Agresti/Quilici : on en compte dorénavant une quinzaine dont le dernier topo sur les falaises de Corse et la grimpe sportve dans l'île qui date de juin dernier (Cf. Escalade en Corse). Beaucoup de voies restent encore aventureuses dans les massifs peu parcourus, mais les massifs à la mode, Bavella en tête, font l'objet de nombreuses ouvertures grâce à des groupes dynamiques : les corses Les Corses Jean-Paul Quilici, Jean-Toussaint Casanova, Pierre Pietri, Pierre Griscelli en tête, mais aussi les Petit, Lacroix, Clarac, Fenouil, ... dont cetins ouvrent actuellement à tour de bras sur Bavella. Le style a changé : chaussons d'escalade, peu de port du casque (en Corse, c'est plus facile !) pour améliorer le look Emoticones et pas d'hésitation à forcer le maquis pour arriver en bas des voies. L'équipement dans ces nouvelles voies est à la hauteur de la difficulté, même s'il est assez espacé dans certains cas, comme justement au Dos d'Eléphant à la Punta di u Corbu.
Cette dernière escalade, ouverte en deux fois en fin des années 1980, est justement une merveille d'exemple de ce que peut fournir le granit corse pour constituer des voies mythiques comme celle-ci, considérée comme une des "plus belles escalades granitiques de France"(Cf. album photos de Stevie).
Compte tenu de la qualité de cette voie et de son équipement, en comparaison des voies de son époque, on comprend que Roland Ravanel ait souhaité la gravir ! Emoticones