- Le 1er jour (Lundi 30/06/08)

Le refuge de Puscaghja et l'abri du gardienAprès une installation dans notre repaire devenu habituel, dans cette région du Filosorma, de la résidence hôtelière du Palazzu à Galeria, Nicole et moi entamons la route de Galeria à Porto tôt dans la matinée du Lundi 30 juin afin de retrouver mes co-équipiers à Ota, Chez Marie : la route vers Porto a été récemment refaite et se fait dorénavant assez facilement en une heure depuis Galeria, avec moins de risques et d'énervement que jadis.
A Ota, nous retrouvons une partie de l'équipe de l'année dernière, François, Eckard, Georges, Sophie, Elizabeth et Serge et le petit nouveau, Arnaud, qui n'a pas trouvé d'autres moyens de s'initier à la randonnée corse que de venir nous accompagner. Il ne va pas être déçu ! Compte tenu du problème des voitures, nous nous partageons en deux groupes : François, Eckard, Georges, Elizabeth et Serge partent d'Ota pour faire la montée intégrale à Puscaghja, pendant que moi-même, Eckard, Sophie et Arnaud partons du Paesolu d'Aïtone pour atteindre le refuge, accompagnés par Nicole sur le début du parcours. Je ne décrirai donc que cet itinéraire Aïtone - Puscaghja dans la suite de cette relation .
Pour ce qui me concerne, ce début de parcours m'est totalement inconnu et c'est avec plaisir que je me laisse conduire à Bocca a u Saltu (atteint vers 10 h 40, soit environ 1 h depuis le Paesolu d'Aïtone) que je n'avais cotoyé qu'en redescendant du ravin du Spurtellu, puis à Bocca di Cuccavera (pour la première journée, nous évitons toutes les variantes plus compliquées envisagées, comme Bocca di Felce, etc...) où nous rencontrons 2/3 randonneurs de passage peu après midi. Piste et sentier sont bien tracés et aisés à suivre jusqu'à cet endroit. Nous nous y installons pour déjeuner paisiblement de 12 h à 13 h 15.

Abri de Bocca a u Saltu pour le groupe partant du Paesolu d'Aïtone Bocca di Cuccavera et le duo Tafonatu/Paglia Orba

Les magnifiques parois à l'E de Bocca di CuccaveraNicole nous abandonne là et entame son retour vers le Paesolu d'Aïtone. Pour la suite de la montée, nous empruntons la sente récemment balisée en orange qui conduit aux bergeries des Mazze à travers le versant rocheux, raide et escarpé, sous les magnifiques parois rocheuses à l'Est du col de Cuccavera. Nous atteignons sans encombres les ruines des bergeries des Mazze vers 14 h 45 : seul Eckard connaît quelques ennuis avec son dessous de pied qui s'enflamme facilement et demande refroidissement à chaque ruisseau traversé.

Le cheminement compliqué dans le versant Cuccavera - Mazze Sur le sentier vers les Mazze à l'E de Bocca di Cuccavera

Entre Mazze et Puscaghja : vers Bocca di Cuccavera et le versant traverséEnsuite, c'est la petite remontée vers le refuge de Puscaghja que nous retrouvons à 16 h 30. Tout me semble nouveau ici où je ne suis pas revenu depuis 1996 : le refuge complètement réaménagé, l'abri pour le gardien qui n'existait pas, les plaques photo-voltaïques partout, la passerelle au-dessus de la Lonca et le gardien, Doumé ! Je ne connaissais pas ce dernier et je dois dire que j'avais manqué quelque chose : il est rare, en Corse ou ailleurs, de rencontrer un gardien cumulant autant de qualités, l'amour de son île, sa soif de la faire connaître aux autres, sa connaissance des lieux, de sa faune, de sa végétation et de ses touristes et autochtones, sa culture générale, son intelligente compréhension des freins au développement insulaire, etc... Heureusement, notre prochain séjour au refuge de Ciuttulu di I Mori va nous démontrer que les gardiens corses ne sont pas tous faits de ce bois-là, car sinon la fréquentation de la montagne y serait bien plus importante et Corse sauvage n'aurait pas lieu d'exister !
Nous retrouvons aussi Daniel, le Crapahuteur, le Suisse-Ardéchois qui s'est inscrit par hasard sur le Blog à ce périple et qui démontrera rapidement ses capacités montagnardes et alpinistiques, ainsi qu'une bonne humeur sans faille et un excellent esprit d'équipe.

Les arêtes rocheuses vers Capu a Cuccula Petit-déjeuner du 2ème jour à Puscaghja

Le refuge de Puscaghja

- Le 2ème jour (Mardi 01/07/08)

Reconnaissance à Ghjarghjole-Silvastriccia : la montée sur la crête de GhjarghjoleRéveil matinal (pour moi !), toujours par très beau temps, avec un petit déjeuner vers 7 h. Décision est prise d'éviter le cheminement, direct mais compliqué et plus long, de la Haute Lonca vers Ciuttulu et de suivre le sentier de transhumance par Bocca di Guagnerola : de toute manière, je ne connais aucun des deux itinéraires et cela reste toujours une découverte pour mon compte. Le sentier de montée vers Guagnerola est bon et bien tracé, mais sa raideur va entamer certains organismes encore en rodage en début de séjour. Nous sommes au col à 10 h 45, avec moins de 2 h 30 de montée depuis Puscaghja.

Montée au col de Guagnerola Bocca di Guagnerola : Capu di Guagnerola

Ensuite, c'est un parcours de crête entre éboulis et buissons ras, moins compliqué qu'on ne pouvait m'imaginer à première vue, qui nous conduit au refuge de Ciuttulu di I Mori avant midi. Je ne m'étendrai pas trop sur la discussion avec le gardien du refuge et ses acolytes (assistant + accompagnateur local) par laquelle je lui demandais la météo pour les prochains jours en commettant l'erreur de lui indiquer que notre itinéraire prévu était de descendre par Silvastriccia bivouaquer sur la vire du Tafonatu et de parcourir la vire de Scaffone : je n'eus droit qu'à une injonction comminatoire d'interdiction de bivouaquer dans le PNRC (??), avec menaces de venir le soir même dresser amende au groupe en infraction (???) et aucune information fiable sur la météo des prochains jours. Charmante, l'ambiance au refuge ! J'ai cru comprendre qu'un brin de relents nationalistes agitaient mes interlocuteurs et leurs propos et qu'un groupe indépendant, sans accompagnateur et totalement en dehors du GR 20 et de ses structures n'avait pas l'heur de plaire à ces messieurs. Bof, tant pis !

Traversée de la crête entre Guagnerola et Ciuttulu di I Mori Le refuge de Ciuttulu di I Mori

Après un déjeuner, vite expédié dans l'ambiance Géhériste détestable de ce refuge, nous repartons vers 13 h 45, en dépit des menaces, pour aller visiter ce versant Ghjarghjole - Silvastriccia que personne de nous ne connaît.
A la brèche de Ghjarghjole : la vire pour continuer sur Silvastriccia La suite de l'aventure consiste à retrouver la crête de Ghjarghjole, puis à la suivre jusqu'à peu avant la Punta Silvastriccia et à descendre le couloir d'aulnes qui fait suite : c'est, en tout cas, ce qui est recommandé par Alain Gauthier (et Doumé !) comme parcours. Nous traversons sur le flanc N du Capu Ghjarghjole et arrivons vers 14 h 10 à une brèche entre le sommet et une pointe rocheuse secondaire de Ghjarghjole (brèche de Ghjarghjole ?). De là, la suit n'est pas si évidente, car il faut contourner cette pointe par la gauche (certains le font aussi par la droite, comme un cairn nous le montre aussi de ce côté) et s'aventurer sur une petite vire en contrebas. Je vais d'abord rapidement explorer le couloir sous la brèche qui m'apparaît quand même comme le moyen de descente le plus court : un premier ressaut rocheux avec deux couloirs de descente me semble effectivement un peu scabreux pour un groupe avec des sacs lourds et certains équipiers peu accoutumés à la désescalade rocheuse. Avec Daniel, nous allons donc reconnaître Silvastriccia pendant que le groupe se repose à la brèche.
Le parcours nous prend environ 1 h 20 aller/retour, avec un ensemble complexe de montées-descentes sur des vires pour aboutir au couloir abrupt de montée à la crête juste avant la brèche de Silvastriccia. Ensuite, la pente est effectivement moins raide dans les aulnes et aboutit à un couloir d'éboulis en entonnoir au début duquel je me suis arrêté. La conclusion pour nous, est que ce détour semble bien compliqué et épuisant pour un groupe de trekkers aussi chargé que le nôtre et qu'il semble plus logique d'essayer la descente déjà explorée en partie. Vers 15 h 30, nous recommençons à trois ou quatre à reconnaître cette descente directe Ghjarghjole (correspondant à la description Fabrikant) : je désescalade assez facilement le couloir de droite que j'avais repéré, tout en me disant que certains auront du mal à passer. Cest alors qu'Eckard me signale en RG qu'il a trouvé un passage facile contournant le ressaut par la G. Je n'ai même pas le temps de lui répondre qu'une chute de pierres, déclenchée par un de mes acolytes 40 m plus haut, me tombe droit dessus : je n'ai que le temps de protéger ma tête sous un vague surplomb, sans pouvoir éviter les chocs sur le coude droit et le pied gauche. Je termine ma descente sans plus de mal, rejoint le cheminement d'Eckard et remonte par son chemin jusqu'à la brèche. Il est malheureusement trop tard (17 h ?), nous semble-t-il, pour faire descendre le groupe, alors que les nuages ont envahi tout ce versant Ouest du Tafonatu et qu'on ne voit plus rien dans le ravin sous le ressaut. La meilleure solution nous semble donc d'aller bivouaquer à Ciuttulu, puis d'entreprendre la descente demain matin par temps clair et avec une bonne marge de sécurité pour atteindre la vire du Tafonatu. Cela décalera d'une journée le bivouac au Tafonatu et nous privera de la dernière étape avec le ravin de la Spusata, mais ce sera plus sûr.
Retour à Ciuttulu, donc, et son ambiance Géhériste adorée : la plupart y bivouaqueront dehors dans une ambiance humide, alors que seuls François et Arnaud préféreront les charmes du refuge et de son sympathique gardien ! Une tentative du clan Welterlin pour monter au trou du Tafonatu avortera en fin de soirée dans des conditions restées mystérieuses.

Bivouac sous le Tafonatu à Ciuttulu

- Le 3ème jour (Mercredi 02/07/08)

Descente par Ghjarghjole : au replat, vue sur le ravin descendu avec les 2 ressauts Départ du refuge vers 8 h ce matin et retour à la brèche à 8 h 25, avant d'entamer cette descente explorée hier après-midi. Tout se passe bien dans le premier ressaut, par le chemin RG trouvé par Eckard. Ensuite, c'est une pente moins raide, mais encombrée d'éboulis incommodes et dangereux, menant à un 2ème ressaut rocheux. La descente RD apparaît évidente et elle l'est jusqu'à une petite désescalade finale d'une dizaine de mètres qui risque encore de poser problèmes aux randonneurs chargés : arrivé en bas du ressaut, je préfère chercher une autre voie de descente que je crois trouver par une fissure diagonale en RG. Le reste du groupe emprunte ce nouveau chemin sans problème particulier et nous pensons avoir passé les difficultés, car le replat « Fabrikant » est visible un peu plus bas et d'un accès évident sauf à éviter les aulnes. Nous sommes à ce replat à 9 h 50, avec, enfin, une vue grandiose sur la face W du Tafonatu.

Descente par Ghjarghjole : le ravin de descente depuis la brèche Descente par Ghjarghjole : entre les 2 ressauts

Descente par Ghjarghjole : au-dessus du 2ème ressaut, vue vers le replat Descente par Ghjarghjole : descente du 2ème ressaut

Descente par Ghjarghjole : vers le replat, vue sur la face W du Tafonatu

La suite est claire, avec les deux options : soit raide couloir rocheux de droite et retour à gauche 100 m plus bas, soit couloir d'aulnes moins pentu à gauche que nous choisissons. Moins de pente, mais une jungle d'aulnes avec deux longs tunnels à traverser avant d'arriver à une crête rocheuse marquant la fin du couloir. Visiblement, les cairns, bifurquant à droite, montrent que nous rejoignons ici la trace de descente de Silvastriccia reconnue hier et qu'il ne reste plus qu'à parcourir le système de vires qui ramène à la face W du Tafonatu (Campu di Vetta) : nous y arrivons à 11 h 50, après une pause au grand névé du couloir S du Tafonatu. Près de 3 h 30 de parcours effectif depuis le refuge, à comparer à 1 h 30 à 2 h indiqué par Fabrikant (Guide Didier-Richard 1993 : course 139, p. 184) : tout le problème de l'évaluation des horaires dans ce type de terrain selon les conditions de parcours.

Après le replat, descente du couloir de G en aulnes Le système de vires ramenant à la face W du Tafonatu

En bas du couloir de G en aulnes, la face W du Tafonatu Arrivée au névé du couloir S du Tafonatu

Campu di Vetta est un coin splendide et nous nous installons aux bivouacs à son extrémité S. Visite de la vire pour certains, avec un énorme névé sous le Grand Couloir Central, installation des bivouacs, déjeuner, repos, etc.. nous occupent jusqu'à 15 h 25, heure à laquelle nous décidons de partir à cinq visiter Campu Razzinu et les Capu Rossu et Scaffone.

Arrivée à l'extrémité S de la vire du Tafonatu et son bivouac Vire du Tafonatu : la vire depuis le Grand Couloir Central

Rando à Bocca et Capu Scaffone : arrivée au ressaut du ruisseau de Bocca Rossa et sa vasqueCette randonnée à Campu Razzinu s'avère géniale ! Elle est indiquée par Alain Gauthier dans sa « Corse des sommets » (Itinéraires 16, page 75 - parcours 1b et 2), avec la recommandation de descente par Silvastriccia que nous n'avons pas suivie. Elle permet d'aller à Campu Razzinu et son sommet, Bocca Scaffone, en passant par le fond du ressaut rocheux du ruisseau de Bocca Rossa, en remontant la vire partant sur la G de ce ruisseau et menant à un col sur une crête de Campu Razzinu, puis en grimpant les pentes d'herbe finales jusqu'à Bocca Scaffone. De là, la montée à Capu Scaffone est facile (PD+ en 30 mn A/R) et celle du Capu Rossu, que nous n'avons pas eu le temps de faire, à peine plus longue (F+ en 1 h A/R) par un raide pierrier peu encourageant.

Montée de Campu Razzinu avec Capu Scaffone au fond Bocca Scaffone et son couloir de descente vers le cirque de Tondu

La vue découverte depuis Capu Scaffone est sidérante avec un panorama à couper le souffle sur la tête de Campu Razzinu, Capu Rossu, les impressionnantes parois N de la Paglia Orba avec leur socle et le haut du cirque de Tondu, la Grande Barrière avec les passages remarquables de la Brèche des Géologues et de Bocca di Sierra Pianella et tout le Haut Filosorma.

Bocca Scaffone et tête du Campu Razzinu Capu Rossu et son pierrier de montée

Du sommet de Capu Scaffone, vue sur la Paglia Orba

Du sommet de Capu Scaffone, vue sur la Grande Barrière côté Brèche des Géologues Du sommet de Capu Scaffone, vue sur la Grande Barrière côté col de Sierra Pianella

Baignade dans la vasque du ruisseau de Bocca Rossa pour FrançoisLe retour s'effectue sans problème, agrémenté d'une pause baignade à la vasque du ruisseau de Bocca Rossa (1750 m !), et d'une nouvelle visite du col « franchissable » et de la vire de Campu di Vetta au retour. Toute cette balade se termine vers 19 h à l'extrémité S de Campu di Vetta, bouclée en 3 h 30 avec sacs légers.
La fin de soirée est grandiose avec les préparatifs du coucher pour chacun, le dîner en groupe au-dessus du ravin du Fangu et le coucher de soleil avant le sommeil bien mérité du plus beau bivouac de Corse !

Bivouac à l'extrémité S de la vire Campu di Vetta : dîner et préparatifs du bivouac à l'extrémité S de la vire

Coucher de soleil sur le haut Fangu depuis Campu di Vetta

- Le 4ème jour (Jeudi 03/07/08) : LA VIRE !

Campu di Vetta : lever de soleil depuis le bivouacLa nuit est chaude et sèche et il est facile de se lever à 6 h 30 avec un lever de soleil sans nuages sur le Filosorma. C'est le grand jour de la vire, tant attendue, et le départ vers celle-ci a lieu vers 8 h avec un arrêt au couloir central pour l'approvisionnement en eau.
Ensuite, c'est l'enchaînement remontée de la vire jusqu'au col « franchissable » (l'arbre), vire de descente du versant RG du ruisseau de Bocca Rossa, vire de montée en versant RD (en évitant de monter trop haut comme je l'avais fait en septembre dernier !) et arrivée à l'entrée de la vire dallée à 10 h.

Vire du Tafonatu : lever de soleil sur le ravin du Fangu Grand Couloir Central du Tafonatu et son névé

Grand Couloir Central du Tafonatu et le trou

Au col franchissable La vire de Scaffone

Début de la vire de Scaffone (Andatone ou Andade a u Ponte ?) avec le TafonatuSurprise au départ de la vire : des ruissellements ont trempé l'accès à celle-ci et nous font sortir la corde pour assurer le passage de quelques-uns, tandis que d'autres, plus futés, contourneront l'obstacle par le haut. Plus rien n'empêche ensuite le parcours de ce trottoir naturel avec ses trois parties :

  • Début de la vire de Scaffone (Andatone ou Andade a u Ponte ?)La partie Sud avec sa grande dalle de granit initiale dominée par une sombre muraille rocheuse, l'ombre de son bosquet de laricii puis sa remontée vers l'arbre mort à son extrémité (11 h)
  • 2ème échancrure de la partie W de la vire de Scaffone : la vire et le colLa partie Ouest avec ses deux échancrures en V construites autour de deux grands ravins alimentant des affluents du Fangu et séparées par un col et un piton pittoresques les délimitant (11 h 40)
  • La vire après la plate-forme versant ScaffoneLa partie Nord avec sa grande plate-forme rocheuse, que nous n'avions pas su reconnaître en 2007, et la dernière partie de la vire au-dessus du versant Scaffone sous une paroi rocheuse de la face Nord (12 h)


Début de la vire de Scaffone partie Sud

Sur la partie Sud de la vire de Scaffone 1ère échancrure de la partie W de la vire de Scaffone

Après la plate-forme versant Scaffone : le couloir de descente dans les aulnesDeux heures donc pour parcourir cette vire, avec une descente sans difficultés par le premier couloir d'aulnes rencontré. Mais la suite pour rejoindre notre point extrême atteint en 2007 vers 13 h ne se réalise pas sans perdre beaucoup de temps à se poser des questions pour le franchissement ou le contournement des successions de forêts d'aulnes rencontrées. Pratiquement 1 h pour franchir 500 m en ligne droite !
Et puis c'est la longue traversée du versant Scaffone jusqu'à Laoscella, déjà expérimentée l'année dernière à l'aller et au retour avec les mêmes points jalons : le col sur la « fausse arête Eckard » où nous déjeunons jusqu'à 15 h, le point d'eau (avec un ruissellement minimum cette année), le replat au-dessus des bergeries de Scaffone, la brèche du Pinzu Scaffone, la traversée du versant N de Laoscella, le col 1431 et les deux niveaux des bergeries de Laoscella atteintes vers 18 h, Laoscella Suprana et son abri-grotte et Laoscella Suttana où nous bivouaquons de nouveau. 3 h à 3 h 30 pour franchir ce versant (en le connaissant déjà), soit à peu près le même horaire que celui de la retraite (stratégique) de l'an passé.

Retour versant Scaffone Sur le replat au-dessus des bergeries de Scaffone

Dans le versant Scaffone : des aulnes, encore des aulnes ! Passage de la brèche du Pinzu Scaffone

Et c'est encore parti pour un excellent bivouac avec le beau temps qui continue à nous accompagner et une chaleur au-dessus de la normale saisonnière. Dernier dîner en terminant les lyophilisés embarqués depuis le départ et en essayant de terminer les restes des victuailles qui alourdissent les sacs de ce raid.

Bivouac à Laoscella Suttana : la partie Welterlin Bivouac à Laoscella Suttana : Daniel et la tente de François

Bivouac à Laoscella Suttana : le ravin supérieur de Laoscella

- Le 5ème jour (Vendredi 04/07/08)

Bivouac à Laoscella Suttana : lever du soleilLa nuit se passe encore au mieux et nous redémarrons ce matin à 8 h 30 pour entamer le retour vers Barghjana. La descente se déroule sans aucun problème, via les deux grandes cascades de Laoscella, la bergerie de Saltare, la prise d'eau et la piste, jusqu'à la confluence où nous nous arrêtons pour baignades et déjeuner.

Descente du ravin de Laoscella Descente du ravin de Laoscella : 2ème cascade

Descente du ravin de Laoscella : 1ère cascade de Laoscella du bas La bergerie de Saltare

Descente de la bergerie de Saltare : Punta Minuta et la Solitude

Descente de la bergerie de Saltare : l'arrivée sur la pisteRetour ensuite à Barghjana par le sentier traditionnel en RG de la Candela qui nous permet d'arriver vers 16 h 30 au Bar des Amis. Le trek se termine sur une bonne dégustation de bières corses, les traditionnelles photos de groupe de fin de parcours, ainsi que de longues discussions avec Lucien, le patron du bar, et Achille, le garde ONF de la Maison Forestière de Piriu avec qui nous commentons notre périple. Emoticones
C'est ainsi que j'apprends de la part d'Achille (l'équivalent ONF de Doumé à Puscaghja&nbps;!) :

  1. Que mon « mouflon » magnifiquement photographié dans la falaise du cirque de Tana di l'Orsu n'est qu'un "bouc", de montagne quand même
  2. Que la vire de Scaffone, selon Achille, ne s'appellerait pas "l'Andatone", mais "l'Andade a u Ponte", car, pour lui, notre informateur, Mirendone, aurait confondu cette vire horizontale avec la vire ascendante sur le chemin ancestral des bergeries de Scaffone qui est la véritable Andatone

Ainsi, nous apprenons qu'il nous faut à nouveau changer le nom de la vire de Scaffone d'une part, et qu'il nous reste à parcourir la "vraie" Andatone en montant directement aux bergeries (départ déjà repéré en 09/2007 en ce qui me concerne) !

Photo de groupe au Bar des Amis

- Conclusions

Ce raid a certainement été plus réussi que celui de l'an dernier par le simple fait que nous ne sommes pas restés sur cette impression d'échec de 2007 avec le non-parcours de la vire. Cette année, le programme a été tenu à la seule exception du décalage du bivouac à Campu di Vetta qui nous a coûté la dernière étape vers Bonifatu et le ravin de la Spusata, mais qui était plus raisonnable que d'aller se lancer dans la descente de Ghjarghjole trop tardivement et sans visibilité. D'ailleurs, cette décision a tiré parti de l'expérience de l'an dernier où nous nous sommes aperçus qu'un groupe aussi nombreux et chargé ne pouvait tenir des horaires records dans ce type de terrain et qu'il fallait en tenir compte dans la conception des étapes !

Les PLUS sont les mêmes que l'année dernière (équipe sympathique, plutôt homogène, bonne condition physique, bonne expérience d'ensemble incluant cartographie, orientation et GPS), avec deux nouveaux membres dont on peut applaudir l'intégration à l'équipe et les réalisations : Daniel le Crapahuteur qui s'est révélé un randonneur/alpiniste de haut niveau, avec certainement la meilleure condition physique du groupe, et Arnaud qui s'avérait a priori le moins expérimenté de tous, mais qui a su faire face à tous les obstacles grâce à son excellente forme et à son adaptation rapide aux terrains chaotiques et d'éboulis qu'il n'affectionne pas trop. Le fait d'avoir Daniel avec nous a effectivement été un avantage notable cette année, puisque avec notre expérience équivalente, nous pouvions nous répartir plus facilement pour aider d'autres participants

En ce qui concerne les MOINS ou les regrets de cette année, pas grand chose à regretter de mon point de vue : bien sûr, et toujours, le nombre des participants et la charge des sacs qui se révèlent de vrais handicaps dans ces terrains et dont il faut absolument répercuter les impacts sur les estimations d'horaires et les marges de sécurité à conserver, une vigilance peut-être pas assez importante en terrain instable avec risques de chutes de pierres, puisque l'incident qui m'a concerné aurait pu avoir des conséquences plus funestes et que j'ai eu de la chance d'avoir pu continuer à marcher sans douleur à l'orteil pour la suite du trek, mais rien en ce qui concerne les modifications d'objectifs et la réorganisation du planning auxquels nous avons dû nous résoudre.
D'autant plus qu'en final, la remontée du ravin de la Sposata a été remplacée par le parcours Campu Razzinu - Bocca et Capu Scaffone et que, pour ceux qui l'ont réalisé, cela a été un grand moment et de belles photos !

C'est donc un vrai brevet "Corse sauvage" que j'accorde sans restriction à l'ensemble des participants pour cette réalisation sur un terrain parmi les plus beaux, sauvages, difficiles et dangereux de toute la Corse (et donc de toute la France !) et qui n'a que de lointains rapports avec ce que l'on qualifie traditionnellement de randonnée ! Puisque la question m'a été posée pendant le trek, beaucoup de portions de ce raid sont évidemment pour moi classées dans la rubrique que j'ai appelée RAVINISME sur ce site et vous pouvez donc dire que vous avez pratiqué cette activité peu partagée.

En information complémentaire, ci-dessous la carte du trek Ota - Barghjana de juillet 2008 avec le tracé évalué par mes soins, en attendant le relevé officiel GPS que ne manquera pas de nous envoyer Georges :

Carte raid Ota - Barghjana du 30/06 au 04/07/2008

Compléments sur la descente Ghjarghjole - Silvastriccia :
L'expérience de la descente que nous avons réalisée dans le versant Ghjarghjole - Silvastriccia me fait pencher définitivement pour la descente directe indiquée par Fabrikant à l'aplomb de la brèche de Ghjarghole (entre le Capu Ghjarghjole et une pointe rocheuse secondaire qui lui fait suite), contrairement aux recommandations faites par Doumé et d'autres et à l'itinéraire préconisé par Alain Gauthier.
Les avantages (chemin beaucoup plus court, pas de problème d'orientation, peu d'aulnes, ...) l'emportent largement sur le seul inconvénient : la présence de deux ressauts rocheux dans le haut du couloir présentant quelques difficultés de désescalade et de chutes de pierres. Mais, ainsi qu'indiqué, le 1er ressaut s'évite aisément par la gauche en restant entre la paroi rocheuse en RG et les aulnes et le 2ème est facile à descendre par la RG (et peut-être encore plus facile au centre). Les aulnes ne sont rencontrées que dans la descente du couloir de G après le "replat Fabrikant" bien caractéristique de ce tracé.
Inversement, le tracé par Silvastriccia est déjà assez complexe et long pour arriver à la crête, rajoute une bonne heure sur l'itinéraire direct, se perd ensuite fortement dans les aulnes et demande beaucoup d'attention pour conserver les traces ou éviter de descendre trop bas au moment où l'on rejoint les vires.

Ci-dessous une série de photos illustrant les deux itinéraires expérimentés sur le terrain :

Versant Ghjarghjole - Silvastriccia : voies de descente Versant Ghjarghjole : voie de descente

Versant Ghjarghjole Silvastriccia : vires d'arrivée depuis le replat Versant Ghjarghjole - Silvastriccia : voies de descente